8/25/08


Kabila-Monsengwo : Il y a du bras de fer dans l'air  


Joseph Kabila et Mgr Laurent Monsengwo en juin 2006, à l'issue du mariage présidentiel.
 

 

 

La conférence organisée le 1er août dernier à l'initiative de l'Archevêque de Kinshasa, Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, et "son" Institut international africain – conférence animée par le président du Sénat Léon Kengo wa Dondo - sur le thème «Leadership et Etat de droit» et la lecture, le dimanche 17 août, dans toutes les paroisses de Kinshasa, de la déclaration de la Conférence épiscopale nationale du Congo publiée le 10 juillet sur la situation générale du pays, sont perçues dans les milieux des «super-faucons» de la «Kabilie» comme des actes de «provocation». En guise de "riposte", le pouvoir kabiliste a appelé à sa rescousse des pasteurs des «églises de réveil» que les Kinois nomment, par ironie, "églises du sommeil". Objectif : démontrer que la RD Congo est bien "dirigée". Et que ce sont les "ambitions démesurées" des politiciens qui empêchent le pays de prendre son envol.

Le Grand Hôtel Kinshasa (GHK) a abrité, jeudi 21 août, une «journée de prières pour la nation congolaise». Officiellement, la manifestation a été initiée par l'«Union des églises de réveil du Congo» (UERC). La présence du président de l'Assemblée nationale, le PPRD Vital Kamerhe, à cette cérémonie, incline à penser le contraire. Dans une brève allocution, Kamerhe a évoqué les «obstacles» auxquels feraient face les institutions du pays pour s'engager résolument sur la voie qui conduit vers le «progrès démocratique» et au «rétablissement de la paix sur l'ensemble du territoire national». Quels sont ces obstacles ? A en croire le président de la Chambre basse, ceux-ci trouveraient leur origine dans la course au pouvoir qui oppose le personnel politique congolais. Kamerhe parle de "recherche de leadership". Le leadership. Le mot est lâché. «Les acteurs politiques de la RDC, a-t-il expliqué, se sont illustrés, par une politique égocentrique visant à minimiser et à combattre le pouvoir en place, qui recherche des moyens pour la pacification et le développement du pays.» Selon lui, cette «manœuvre politicienne» a commencé dès le lendemain du lancement du processus démocratique dans l'ex-Zaïre en 1990 en passant par les accords de paix de Lusaka, en Zambie, de Sun City (Afrique du Sud) et les actes d'engagement pour la paix signés dernièrement à l'Est du pays, à Goma. Pour Kamerhe, c'est bien cette situation qui est à l'origine de «diverses difficultés» rencontrées par les autorités congolaises dans l'application des accords et autres projets de gouvernement.

"Leadership et Etat de droit"

On ne pourrait s'empêcher de regretter que le président de l'Assemblée nationale n'ait pas jugé bon de sortir de l'allégorie en explicitant sa pensée. En tous cas, à tort ou à raison, les observateurs à Kinshasa, considèrent la «journée de prière» organisée par l'UERC comme une «contre-attaque» de la Présidence de la République. «Il y a du bars de fer en l'air entre Mgr Monsengwo et le régime en place, confie un confrère kinois joint au téléphone. Tout est parti de la conférence animée par Léon Kengo wa Dondo dans l'enceinte de la Cathédrale du Congo à Lingwala.» Il semble bien que depuis la tenue de ce forum - dont le but était éminemment «scientifique», les «James Bond» de l'ANR (Agence nationale des renseignements), tiennent Mgr Monsengwo à l'œil. Les faits et gestes du probable successeur du Cardinal Frédéric Etsou sont désormais surveillés. «Certains pseudo-analystes de l'ANR, remarque un analyste, ont fait dire à Kengo que "la RDC souffrait d'un leadership à la tête de l'Etat". Rapportant les propos tenus par le président du Sénat dans son exposé, un confrère kinois n'a pas hésité d'écrire : «Sans vraiment le dire, Kengo wa Dondo a dit que le pays souffre d'un manque de leadership fort et crédible.» Peut-on franchement dire une chose sans vraiment le dire ? En réalité, Kengo a lancé au moins deux messages forts. Primo : «Le leadership doit œuvrer pour le bien général de la communauté». Secundo : «Le chef ou leader, c'est celui qui a la capacité, les qualités, les compétences et l'expérience de conduire les hommes.» Certains esprits retors ont-ils établi un parallélisme avec la situation générale en RD Congo ? Les Anglais auraient retorqué : honni soit qui mal y pense.

"Provocation"

Alors que les kabilistes n'avaient pas encore digéré la «provocation» du 1er août, voilà que Monsengwo récidive. L'archevêque de Kinshasa - qui semble avoir pris toute la mesure de la faillite du pouvoir temporel dans sa configuration actuelle au Congo-Kinshasa - a fait lire, dans toutes les paroisses de Kinshasa, la Déclaration citée précédemment des évêques du Congo. Le document est un véritable requisitoire. Il interpelle les responsables politiques et invitent la population à sortir de son long sommeil pour ne plus se laisser imposer un destin façonné par d'autres. Après avoir rappelé les crises politique, spirituelle, morale et des valeurs qui affectent la société congolaise, les évêques d'asséner : «(…), l'Eglise ne cherche pas à se substituer à l'Etat ou aux gouvernants. Elle souhaite simplement mettre chacun devant ses responsabilités en replaçant l'homme au cœur des choix politiques et socio-économiques, tout en exigeant considération et justice pour tous, à commencer par les plus démunis». Et d'ajouter plus loin : «Aujourd'hui, tous les services se monnayent et s'achètent en bonne conscience. Même ceux qui se disent chrétiens ne se gênent plus à monnayer des décisions politiques, économiques, judiciaires, voire académiques.» Les évêques proposent ni plus ni moins que de faire décréter une «année de lutte contre la corruption». Au motif que «la corruption est devenue le cadre général de vie et d'action socio-politique en RD Congo». Comme sous la Deuxième République, au lieu d'examiner la pertinence ou non des griefs articulés par les prélats catholiques, les sbires du «raïs» ont opté pour l'épreuve de force et la manipulation. Ils préfèrent donc casser le thermomètre, espérant mettre fin à la fièvre. C'est l'avis d'un confrère kinois joint au téléphone : «Pour répondre à Monsengwo, le pouvoir kabiliste a recruté des pasteurs des églises de réveil pour organiser une journée de prière dont le but est de démontrer que la RD Congo est bien dirigée et que toute autorité vient de Dieu. Le bras de fer Eglise catholique - Pouvoir de Kinshasa n'est plus à éviter.»





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